Encore un de ces soirs où j'ai englouti sans compter. Deux heures plus tard, rien à la télé, pas d'amis à voir, ordinateur occupé et moral dans les chaussettes, je me dirige vers la cuisine avec deja la culpabilité sur les épaules. Il est 22h.
Ou bien il est 16h, l'heure fatidique qui marque mon repas favoris. Je bois du coca light, beacoup. Je bois un ou deux bols de thé. Mais je suis seule et la sensation de sasiété s'estompe rapidement. J'allume la télé et me dirige vers la cuisine avec ce sentiment de culpabilité pré-crise.
Voila j'y suis. Maintenant tout est machinal, mais moins encore que ce qui suivra. Bref, j'ouvre les placards et le frigidaire dans lesquels je sais que je trouverais ce que je veux, ce dont j'ai besoin. Parfois je m'assois sur le carrelage froid et avale à une vitesse monstre tous les aliments qui m'appellent. D'autre fois je compose un plateau avec tout ce que je pense pouvoir ingurgité, mais souvent il reste un tout petit recoin de mon estomac qui n'est pas plein, alors j'entame une deuxième tournée.
Ca se termine toujours de la même facon. Mon ventre est si tendu que j'ai l'impression d'avoir une bouée autour de la taille. Mon estomac est si plein qu'il me fait souffrir.
Et la s'opère la mission délicate : éliminer ce qui me rend me déprime au plus au point, c'est à dire la bouffe, la honte, la culpabilité. Ni une ni deux me voila dans les toilettes, les cheveux relevés et le visage triste. J'enfonce le majeur et l'index aussi profond qu'il m'est possible. Un haut le coeur, deux, trois. C'est désagréable. Un peu d'eau refait surface et un chouya de détritu alimentaire. Direction la salle de bain, je saisis ma brosse à dent, celle qui est longue et un peu inclinée. C'est reparti pour les hauts le coeur. Et HOP tout se met à remonter et à se scratcher dans la cuvette des chiottes ! Ca y va ! La gerbe est liquide mais je distingue parfois de gros vestige de mon orgie. Les larmes coulent à flot sur mon visage bouffi mais satisfait de constater que plus rien de sort de ma gorge, mon estomac est vide désormais.
Je me relève sur mes jambes maintenant tremblantes tandis que mes genoux flanchent. Je suis fatiguée de ça.
J'attrape le papier toilettes qui me sert à effacer les traces de mon crime. Il y a du vomi sur la cuvette et meme quelques goutes par terre. Ensuite il faut aller dans la salle de bain se laver les mains et le visages. Je ne me lave pas les dents, il parait que ça brule les mailles après la purge. Je me regarde dans le mirroir, dégoutée de moi meme. Mes yeux sont deux fois plus petits, ils sont gonflés et encerclés de petits points rouges. Ce sont des vaisseaux qui ont éclatés.